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Rencontre au sommet du Palmarès : le lycée français de Hong Kong10 min read

31 mars 2025 6 min read

Rencontre au sommet du Palmarès : le lycée français de Hong Kong10 min read

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Suite à la publication du 1er Palmarès des Lycées Français de l’étranger, j’ai eu le plaisir de m’entretenir avec Marion Coupat, proviseure et Michael Maniska, chef d’établissement par intérim, du Lycée Français International de Hong Kong arrivé en tête du classement des plus grands établissements. Cet entretien a été l’occasion de revenir sur les raisons de ce succès et sur le Palmarès lui-même, ainsi que sur le rôle du réseau des lycées français dans le monde.

Par Caroline Minialai, directrice d'Averroès e-learning.

1 – Quels facteurs expliquent ces résultats exceptionnels ?

Ces résultats sont d’abord le fruit du travail des enseignants, des élèves et des familles qui nous font confiance. Ces dernières cohortes avaient certes un potentiel académique, mais leur réel atout était leur capacité à collaborer et à s’entraider. Ils ont passé beaucoup de temps ensemble à se co-construire scolairement. Ils ont été capables de collaborer pour se préparer aux différentes échéances. Concrètement, ils sollicitaient leurs enseignants comme l’administration pour avoir des conseils, des sujets supplémentaires, des salles pour travailler ensemble. Les meilleurs élèves apportaient de l’aide à ceux qui étaient en difficulté, et les questionnements de ces derniers permettaient aux meilleurs de progresser. Lors de la semaine de révision début juin, la plupart des élèves ont fait le choix de réviser au lycée ensemble. Cette cohorte de 2024 a, au-delà de la dimension académique, développé des compétences annexes de collaboration qui ont permis au groupe de grandir, progresser et avancer ensemble.

Ces compétences sont beaucoup moins fortes dans les générations qui arrivent : plus de travail individuel, moins de sollicitations des enseignants et moins de participation directe en classe. Et c’est probablement ce qui fait que dans les années à venir nous n’aurons probablement pas d’aussi bons résultats.

2 – En quoi la cohorte 2024 se distingue-t’elle des promotions à venir?

Les bacheliers 2024 sont ceux qui ont vécu le plus durement la pandémie de COVID pendant leur année de 2nde. Ils avaient déjà travaillé et acquis ces compétences de collaboration et de coopération pendant leurs années de collège. La pandémie les a d’ailleurs plutôt renforcées. Ils se sont beaucoup entraidés pour dépasser les difficultés de connexion aux cours en ligne, l’isolement et apporter de l’aide et du soutien aux élèves qui en avaient besoin.
Les générations qui arrivent étaient en 4ème ou en 3ème à cette période, et c’est justement là que toutes ces notions de travail en commun sont développées dans le cadre de projets ou de partenariats. C’est une dimension sur laquelle nous travaillons beaucoup et que nous cherchons à renforcer pendant les années collège car c’est ce qui fait qu’une cohorte entière va donner de meilleurs résultats. Mais c’est quelque chose qui a été loupé sur ces années COVID.

De ce fait, les élèves qui arrivent ont de ce fait plus tendance à se replier sur eux-mêmes. Certains ont un potentiel énorme et auront de toutes façons de très bons résultats, mais on arrive moins à tirer l’ensemble vers le haut et à faire que les bons deviennent excellents.

C’est pourquoi, nous sommes très contents d’avoir ce Palmarès cette année car je ne pense pas que dans les années qui arrivent nous serons positionnés de la même manière dans la mesure où nous n’avons pas pu travailler ces compétences fondamentales.

3 – Quel est, selon vous, l’intérêt de ce 1er Palmarès des lycées français de l’étranger?

Les lycées français de l’étranger regroupaient pour la session 2024, 20 000 bacheliers à l’échelle mondiale. Ce Palmarès a été pour nous une surprise, et une bonne surprise qui récompense le travail de nos élèves. Nous l’avons d’ailleurs partagé, et nous en avons constaté les premiers effets pendant notre période de recrutement des enseignants. Certains candidats nous ont confirmé avoir consulté le Palmarès dans leur recherche d’informations sur l’établissement. Dans un contexte de recherche d’excellence académique, c’est bien sûr valorisant pour notre établissement, mais aussi pour la zone AEFE dont nous faisons partie. Ces résultats sont aussi le fruit d’un travail de zone puisque nos enseignants se forment avec l’AEFE et les collègues de la région, et que nous réalisons aussi des projets en partenariat avec d’autres établissements de la zone.

Il y a cependant des populations qui ne sont pas comparables. Certains établissements réalisent un travail formidable avec leurs élèves, et le fait que leurs élèves obtiennent le baccalauréat est déjà une immense victoire. Nous, avec des cohortes composées à plus de 80% d’élèves français, nous sommes parfois sur l’excellence académique, alors qu’eux sont sur des objectifs de réussite car ils arrivent à promouvoir le curriculum français dans un pays étranger, parfois très éloigné de la France.

Typiquement les élèves vietnamiens ont très peu de possibilités de bouger, de sortir du pays, donc connaitre la France c’est difficile. Quand vous étudiez une carte de France avec ses montagnes et ses fleuves alors que vous n’y avez jamais mis les pieds, je pense que c’est presque plus valorisable que le travail que nous faisons avec nos élèves. Les résultats bruts de réussite sont difficilement comparables et cela a pu faire grincer des dents parce que certains savent, avec des effectifs composés à plus de 80% d’élèves non francophones, qu’ils ne pourront jamais être dans les premiers alors qu’ils accomplissent parfois un travail encore plus difficile que nous. C’est un peu le revers de la médaille.

C’est cependant la difficulté avec tous les classements.

4 – Vous avez évoqué récemment le rôle des établissements français de l’étranger comme outil de soft power de la diplomatie française. Le secteur de l’éducation à l’international est de plus en plus concurrentiel, comment envisagez-vous l’avenir du réseau ?

Le bilinguisme est un argument de poids

Quand on arrive dans la cour le matin et que l’on regarde jouer les élèves de 6ème, ils ont un fluidité linguistique incroyable. Ils passent sans difficulté du français au chinois à l’anglais. À tel point que, de l’extérieur, on serait incapable de dire quelle est la langue maternelle de chacun d’entre eux. Toutes les recherches sur le bilinguisme démontrent cette plus-value pour le développement intellectuel des élèves. Pour moi c’est un argument de poids.

Au sein de notre établissement, coexistent deux filières : la filière française et la filière internationale. Mais en réalité la filière française est la filière internationale dans la mesure où ce sont des élèves qui ont connu beaucoup de pays, de langues, de mondes différents. A contrario, dans la filière internationale, nos élèves ont des nationalités très diverses mais ils n’ont pas cette ouverture sur le monde. Et ce, d’autant plus qu’un marché de locaux se développe, dont les parents ont été scolarisés dans des établissements anglophones aux USA, au Canada ou en Australie et qui, au vu de l’emprise de la Chine sur Hong Kong, sont nombreux à dire que l’intérêt du lycée français international de Hong Kong réside dans cette ouverture sur le monde. Par le passé, dans les écoles locales, les enfants apprenaient le cantonais, maintenant c’est le mandarin. Pour ces parents, l’intérêt premier du lycée c’est le bilinguisme, à travers l’apprentissage du français, ils sont très francophiles.

Aujourd’hui, nos effectifs se répartissent quasiment à égalité entre la filière internationale et la filière française. Bien sûr, statistiquement au niveau mondial, et par rapport au poids de l’IB, le bac français est ridiculement petit. Pourtant, on observe que pour les études post-bac  en France ou ailleurs, le bac français revêt une spécificité très différente par rapport à l’IB. En particulier au niveau des langues. Les élèves pratiquent évidemment le français, mais aussi l’anglais en LV1, la LV2 dès la classe de 5ème et la plupart de nos élèves continuent avec une LV3. Cela veut dire qu’ils maitrisent 4 langues parfaitement, donc en termes de bilinguisme, on est même sur du quadrilinguisme la plupart du temps. Sans compter les spécialités du cursus français. On observe en effet que pour les études en Angleterre, au Canada ou aux Etats-Unis, avoir un bac français est différenciant par rapport à l’IB. Ce bac, différent de la concurrence internationale, constitue une des vraies forces du réseau à l’étranger mais aussi de la France de continuer à avoir ce bac qui est différent de la concurrence internationale. Finalement, les élèves gagnent de cette rareté.

Des profils tant scientifiques que littéraires

Nous avons aussi ouvert une section de BFI à partir de la 1re, en plus de la section orientale mandarin et de la section européenne. Le BFI est normalement une filière d’excellence linguistique, mais ce qui caractérise nos élèves c’est que la plupart vont combiner le BFI avec des spécialités comme les mathématiques ou la physique chimie. Cela leur apporte donc une dimension « globale » qui fait qu’ils sont autant scientifiques que littéraires. Les compétences linguistiques, en mandarin par exemple, et la bonne connaissance des cultures étrangères concernées par leur parcours, en font des candidats très appréciés des établissements de l’enseignement supérieur. Par ailleurs, cela leur donne une ouverture d’esprit plus grande qui leur permet de s’intégrer à n’importe quel environnement, y compris dans les pays dont ils ne maitrisent pas la langue.

La moitié de nos élèves poursuit ses études en France, et le reste se répartit dans le monde entier. Nous constatons aussi qu’ils sont ces dernières années de plus en plus nombreux à rester sur Hong Kong. Ils seront 8 cette année contre seulement 2 il y a deux ans. Cela s’explique à la fois par le fait que le territoire s’ouvre rà nouveau sur le monde, et que les formations de très haut niveau sont de mieux en mieux reconnues à l’international, grâce à leurs partenariats avec des écoles de commerce, d’ingénieurs ou Sciences Po.

5 – Le Lycée français international de Hong Kong en quelques chiffres

 

  • Créé il y a 60 ans, l’établissement accueille sur 4 campus plus de 2700 élèves de 45 nationalités différentes
  • Il propose une filière française préparant au bac français et une filière internationale anglophone menant à l’IGSCE et à l’IB
  • Les sections internationales proposées sont : BFI américain, section orientale mandarin et section européenne anglais
  • L’apprentissage du français est obligatoire en filière internationale

Averroès e-learning, spécialiste de l’accompagnement des élèves des lycées français de l’étranger a publié en décembre 2024, le 1er Palmarès des LFE. Pour retrouver l’ensemble de nos offres, naviguez sur notre site ou contactez-nous.

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